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Aujourdhui
cest le jour où je commence
dans le jour où je commence pris
dans ce jour mêlé depuis le début
de ce jour
serré dans un vide
dêtre
en deux
continuellement départi
y
être
bloqué
du
jour où je commence
au jour où je marrête
il y a le long corps dun moteur
amorcé jusqu
dans le mouvement des jambes
il y a lenjambement des morts le rire
enjambé de corps en long
mes membres portés dombres grandes
aujourdhui
ce que je vois
lentes silhouettes noires dans le tissu
Une figure hante
ce livre dEmmanuel Laugier, une figure qui va se démultipliant.
Une figure dhomme, simple enveloppe flottante : de « grands
manteaux sombres », des « cabans longs »,
de « têtes avec chapeaux bien enfoncés ».
Ces « feutres bas / (
) chapeaux mous sur la tête »
avancent, arrivent de partout à la fois sans quon les entende
vraiment. Anonymes, « ils investissent / et habitent les
yeux / crèvent les oreilles crèvent / louïe »,
ils nous font ce que nous sommes : maigres, petits, malvoyants,
recroquevillés dans notre peur de la mort, vidés dair
et pourtant si verbeux ! Ombres déjà. Comme eux.
On leur doit dêtre. Pourtant. Mais dans lasphyxie.
De cela, il faut sarracher. Se défaire, comme on décollerait
un masque, pour quun peu dair lave les peaux mortes dun
visage en attente. Fuir, loin des mains qui émergent de longs
manteaux. Ou glisser entre leurs doigts.
[
]
Évacuer la vieille moelle et souffler enfin dans cette Flûte
des vertèbres dont parlait Maïakovski jusquà
ce quelle rende le son ami, celui de la « plate-forme
de lhomme ». À partir de là, remonter.
Remonter au jour est laffaire du poème. Dune écriture
au burin, à la masse. Et dentre les fragments, éclats,
poussières, point de couture. On ne faufile pas, ne ravaude pas.
Tout juste si lon répète, reprise de volée
le plus souvent. Cest fait décarts, pas après
pas. De prise en prise, de ressaut en ressaut ces saillies
dos où prendre appui. Se faire la colonne
vertébrale inédite !
Ces lignes de mots avec cahots engagent une lecture comme une marche
sur un chemin mal empierré, un chemin où affleureraient
en cargneules pénitentes quelques pierres ruinées. Cest
cela qui émeut. Trouble. La poésie non plus comme un écrit,
création plus ou moins bien assurée dun objet verbal,
mais comme un acte, un moment de lexistence en mouvement vers
son sens, un essai « de passer à travers »,
une tentative de « faire / au moins faire / un dégagement ».
Pas comme on tape en touche, mais loin devant. Pour se donner de lair.
Celui qui passant dans La flûte des vertèbres rendra
ce son
celui de lhomme. Sa chance.
Alain
Freixe
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