J’ai rencontré Clovis Trouille (24 octobre 1889 — 24 septembre 1975), à la Galerie « L’Étoile scellée », à la fin de 1952 et au groupe surréaliste d’alors, où il était l’objet d’un engouement de la part d’Adonis Kyrou, de Mirabelle Dors et de Jacqueline Duprey, qui disait : « Si Trouille m’était conté, j’y prendrais un plaisir extrême ».
(...)
Clovis Trouille avait beaucoup apprécié Salvador Dali, qui l’avait découvert à l’Exposition de l’Association des Artistes et Écrivains Révolutionnaires et qui, avec Louis Aragon, l’avait introduit dans le Surréalisme. Il avait quelques lettres de Dali, de grand format, très surréalistes, illustrées, drôles et rédigées dans une écriture minuscule. Clovis Trouille avait beaucoup fréquenté René Char, Gilbert Lély, André Thirion. Il avait quelque peu subventionné Benjamin Péret et Yves Tanguy, qui en contrepartie lui avait offert un très beau tableau. Mais l’importance de Clovis Trouille dans le Surréalisme ne s’était affirmée, avec force, que dans la période d’après-guerre, la publication du tract « À la niche les glapisseurs de Dieu » (14 juin 1948) en marquant, assez précisément, l’émergence.

(Maurice Rapin, extrait de la préface)


 

C'est dans ce contexte qu'il faut situer le rapprochement entre les deux hommes, Trouille et Rapin refusant alors de suivre André Breton et quelques-uns de ses proches dans la reconnaissance de la peinture abstraite et notamment du « tachisme », qui modifia un temps, au début des années cinquante, le paysage de la peinture surréaliste. Contre ce qu'il qualifiait de défiance, Maurice Rapin réaffirma la valeur de la figuration dans son aspect subversif et critique, tenant l'œuvre de Clovis Trouille, comme celle d'Alfred Courmes d'ailleurs, deux peintres trop peu connus encore, ou celle de René Magritte avec qui Maurice Rapin échangea de 1955 à 1958 une longue correspondance, comme exemplaires.

(Xavier Canonne, extrait de l'avant-propos)

Et j’ai fait mienne l’admirable phrase de Cézanne : « Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude. » C’est donc la couleur qui commande. Ce que ne comprend pas un Marcel Jean qui n’est pas rétinien. Il ne voit dans un tableau que ce que le sujet propose, alors que ce n’est qu’un prétexte que l’on a toute licence en art pour peindre n’importe quoi, à condition que cela soit peint. Le peintre selon moi, manque à sa mission s’il ne cherche pas à concilier la sensation coloristique avec la poésie d’un sujet choisi. Il faut sacrifier son existence au message que l’on veut laisser de soi. Impossible d’être indépendant si l’on veut vivre de son art, car le métier qui nous fait vivre étant fastidieux par lui-même, l’art que l’on ferait ainsi par métier, le serait de même.
Et puis il y a un divorce entre les vrais artistes qui peignent par anticipation et les marchands qui jugent par rétrospective, pour ne pas se tromper, préférant enfoncer les portes ouvertes, ils ne s’occupent que de peintres morts ou croulants écroulés dont ils possèdent les œuvres, car pour eux, les toiles d’un peintre n’ont de valeur que quand il en est dépossédé. Elles ne reprennent de valeur qu’en leur possession. L’histoire de la peinture moderne est là pour le dire. Voilà pourquoi des chercheurs isolés sont submergés, évincés par l’odieuse peinture des poulains de marchands de tableaux, ces prophètes faiseurs qui recherchent plutôt des subventions que des tendances nouvelles. Et que dire aussi des peintres mendiants, qui vont quémander un nouvel achat pour vivre chez leurs clients. Je ne connais que l’art noir, le caractère maudit. Une peinture simplement voyou comme disait Arthur Cavan.

(Clovis Trouille)

Maurice Rapin, Speculum scrutinium,
1972-1973 (Huile sur unalmit - 65x105cm)

Clovis Trouille,Courtisane arabe,
1942 (Huile sur toile - 55x38cm)