Lhomme est diptère. Au moindre mot poussé, au moindre chant, la gencive sagace et des dents se pointent, sûres et conquérantes. Qui trouve sa part manquante, frétille des ailes et lâche aussitôt son gaz pour cafter à la cohorte. Des années quon nous dépèce et roule en comprimés anesthésiants, pour grande masse, les cadavres de toutes les transes. Allons ! Avila a encore de la moelle, Jésus Saint-Jean Bouddha du jus ! (Jean-Louis Giovannoni) |
Ce Traité de la toile cirée de Jean-Louis Giovannoni emporte la conviction par son excès même, condition du style. " Éluard, je sais que tu es là comme une brûlure dans lurètre dun stylo ", dit le poète qui tient davantage encore de Michaux. Ou comment provoquer aujourdhui, comment se lancer sans retour dans le plus amer exorcisme. Lauteur remplace lexhibitionnisme gesticulatoire ou le roulement de biceps esthétique par une virulence brute, soutenue de populismes ironiques ou vachards. Il entend par là devancer la poésie toute faite, doubler la littérature, ce quil nomme " lautocopulation ". Il sagit den finir avec le pré-sublimé, ce quil appelle " Le lyrisme / En bas / Avec son échelle de nouille plate ". Sortie du simulacre, donc. À toute idolâtrie son iconoclaste. Mais cette prose combative, son incantation obstinée, ne sopposent pas seulement à la décantation idéale, ni aux éthers faciles de la poésie surléchée. On nest pas dans le pamphlet dirigé ni dans une entreprise de grand nettoyage. Il en va ici de la condition humaine, vécue comme une blessure irrémédiable, sur laquelle on dirait quil frappe jusquà ce quil ne sente plus la douleur. Simple devoir de vérité, cet essai daller sur le terrain constitue un duel dans la boue des mots où lécriture sapplique à piétiner dans les règles et savamment le bon usage. (Dominique
Grandmont, |