Contraints de décider, c’est une chose grave que de choisir.

Nulle audace, alors, qui ne soit de mise.

Mais à la moindre distraction, à la première témérité, c’en est fait de l’audace…

La vigilance ne connaît pas d’objets indignes

(Paul Nougé)

En 1927 paraissait un prospectus où la Maison Ch. Muller et S. Samuel présentait " quelques manteaux (de fourrure) ". Paul Nougé écrivit les textes qui allaient figurer en regard des compositions réalisées par Magritte pour ce qui s’appelle désormais Le Catalogue Samuel.
Qu’un écrivain prête sa plume pour " habiller " les images d’une collection de vêtements, la chose s’était déjà vue avec Malarmé qui avait écrit La Dernière Mode. Et voici une dizaine d’années, Philippe Sollers commettait – dans Marie-Claire – une petite prose pour un tailleur de Georges Rech. Mais c’est à la faveur de ce Catalogue que Nougé aura des paroles définitives sur la difficulté de choisir, un manteau comme un chemin de vie, à chacun selon ses moyens. Et c’est aussi Scutenaire que Tom Gutt cite en exergue à la préface qu’il consacre à la réédition du Catalogue Samuel. Une préface ? À vrai dire, Gutt nous livre une lecture extrêmement fouillée, ramifiée même, sur les circonstances de la parution originale du Catalogue, pour constater non sans cynisme que si " l’édition de 1927 n’était pas à vendre, celle de 1996, si ".

(Philippe Dewolf, Le carnet et les instants,
15 novembre 1996 / 15 janvier 1997)