Lessentiel du livre consiste en pensées où lon sent à luvre une réflexion engrangée de longue date, celle dun honnête homme contemporain, et le bonheur littéraire davoir trouvé lart de la formuler. [ ] Ponctué de proverbes yiddish des plus savoureux (Dieu habite dans les cieux, mais son commerce est sur la terre, par exemple), ce livre dun humaniste (faute de mieux, comme il dit) procure un double plaisir : on est entraîné par un sondeur de vérité qui ose la traquer au fond de son puits, et diverti par un jongleur de mots qui les choisit inconfortables, indociles, inspirés, insoumis à lusage mais soumis à lesprit, spontanés et sauvages, et légers comme lui. Un vrai régal, on vous dit. (Jacques De Decker, Le Soir, 4 avril 2001)
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Lautorité
ne suffit pas pour relier lhomme à son semblable. Ou plutôt,
deux formes de discipline saffrontent dans la société
des hommes : celle des armes, de la force et de la terreur, et
celle de lesprit, de la parole qui convainc et rassemble. Elles
peuvent sappuyer mutuellement ou se combattre, bien quà
armes inégales. La force est généralement victorieuse,
car elle détruit en un instant ce quil faut de millénaires
à lesprit pour construire et se construire. Le guerrier
est idéalement lhomme de lobéissance aveugle.
Bien sûr, il pense, lui aussi. Mais sa pensée est exclusivement
instrumentale, donc soumise. Il est resté le plus proche de linexorable
nature. Il cultive linstinct et développe des automatismes.
Il forme des automates. Il crée le robot à son image.
Les guerriers traversent lhistoire, pareils à eux-mêmes,
uniformes. On les produirait à la chaîne, en série.
Ils cherchent à se rendre invulnérables. Ils sapparentent
aux insectes ; la carapace est leur organe le plus développé.
Ils sont les véritables inventeurs du monde moderne, calculateur
et efficace, en un mot, dominateur. Le moteur de la production y est
encore et toujours la destruction. (Jacques Aron) |
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