Les poèmes d'Emmanuel Laugier (...) ont souvent un point commun : ils décrivent des corps piteux, amochés vacillants. Son / Corps / Flottant est hanté par l'angoisse du vide. « À tout moment, le corps risque la disparition par fuite des organes et des os. Soudainement / une aspiration vers le bas / en avant de moi une / succion m'a / je sens qu'une m'a et qu'elle m'a / je vois membres débordés de plis / s'enfouir. » Chaque vers est séparé des autres par deux ou trois interlignes blancs parce que, sur la page, se rejoue la menace perpétuelle : du vide s'insinue, de l'air, qui vient mettre en danger la totalité du corps et du poème. Ceux-ci sont faits de très courts vers notés « rapide vif très rapide », parce qu' « il y a un air continu / et rien / fixe / tient / net. » La voix qui erre dans Son / Corps / Flottant semble issue du monde d'Artaud ou de Beckett. Elle ne cesse de faire l'expérience de l'effondrement. Stéphane
Bouquet, |
puis
je mouvre (Emmanuel Laugier)
Son / corps /
flottant,
celui-là vu et senti simmiscer comme un fantôme en
soi, entre soi et soi, entre soi et autre chose, du dehors, ou den
face. Venu et pas encore là, mais déjà flottant,
presque pendu, les pieds soulevés. Où lon croit
quil est, son corps est ailleurs. Il y a un entre-deux doù
je sénonce alors et se déboîte, par
lequel il revient et passe, un fantôme qui lui blanchira les os
, jusquau bout de sa presque coque vide, de sèche,
de rien. (Emmanuel Laugier)
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