Photo : Wifredo Lam
et Michel Leiris


Leiris apporte à ce trajet tous ses savoirs et toutes ses techniques, embarque toutes ses poétiques dans les parages de la peinture, à la rencontre de Wifredo Lam. Cette étude porte plus qu’aucun autre des écrits leirisiens sur l’art la marque d’une confusion, d’une étonnante " transplantation " (c’est ici le maître mot) des signes et des langues : poésie, surréalisme, psychanalyse, ethnographie du secret et expérience des contacts de civilisation, amitié de la peinture et rites de possession… On assiste – et c’est pourquoi ce texte, partiellement inédit en français, revêt un tel intérêt – à une reconnaissance réciproque, une exploration sans conquête, généreuse et ouverte aux surprises. C’est ainsi que l’ethnographe croise, venus en sens inverse sous le vent, ses fantômes familiers : l’art nègre, Picasso, les langues d’initiés, le syncrétisme, les brisées de la magie, la Chine et les Antilles. Au revers du miroir.

(Pierre Vilar,
extrait de l’avant-propos)


Pas plus qu'il n'est dosage de folklore et de modernisme, l'art de Wifredo Lam n'est un compromis entre tradition et révolution. Il est, en vérité, conjugaison de ces deux termes : reprise révolutionnaire (affirmation de soi et, sans oubli du lieu où s'emmêlent les racines, projection vers un avenir unanimement partagé) du lointain passé que l'enfant, par chance, a pu assimiler et qui sera le tuf originel sur lequel l'homme, en s'universalisant, bâtira.

(Michel Leiris)