C’était un temps déraisonnable. Cet été-là, M. Hegel prit de grandes vacances. On aura du mal à l’oublier. Voici une petite revue – une revuette, disait son principal animateur, René Magritte – de quelque deux cent trente millimètres de hauteur sur soixante-dix de large, deux fascicules in-octavo, seize puis vingt-deux pages, le tout posé sur le seuil des catastrophes. Raoul Ubac – qui a trente ans – et René Magritte – comptez huit de plus – en ont l’idée et l’intention dès l’automne de 1939, " sur les pas ténébreux de 1940 ". L’exemplaire coûte 5 francs, et dès le second numéro on traduit en belgas. Cinq francs valent un belga, dans les premiers mois de 1940. La Pologne est pour rien. Voilà pour les chiffres. Cette revue sera la dernière des interventions surréalistes d’avant-guerre, et plusieurs titres sont en discussion avant le baptême du feu : Prospectus, Opposition, Utopie… On a retenu au bout du compte le titre – donné par Paul Nougé, grand absent du projet pour toutes sortes de raisons – d’un tableau de 1934, tableau qui montre une figure mi-chair mi-poisson, et que le peintre – René Magritte – ne cite pas dans sa contribution intitulée La ligne de vie.

(Pierre Vilar, extrait de la préface)


Une nuit de 1936, je m'éveillai dans une chambre où l'on avait placé une cage et son oiseau endormi. Une magnifique erreur me fit voir dans la cage un oeuf au lieu de l'oiseau. Je tenais là un nouveau secret poétique étonnant car le choc que je ressentis était provoqué précisément par l'affinité des deux objets : la cage et l'oeuf, alors que précédemment, je provoquais ce choc en faisant se rencontrer des objets sans parenté aucune.

(René Magritte)