
La revue Distances,
domiciliée à Paris mais conçue et fabriquée
à Bruxelles, connut la fulgurance des petites revues : trois
livraisons de février à avril 1928, de format minuscule
(12 x 15,5 cm), de pagination réduite (respectivement 12, 16
et 24 p.) et de poids plume (48 g pour lensemble).
Créée
quelques années après la revue Correspondance,
dont le feuillet n°19 sintitule : " Pour garder
les distances ", et dont elle semble émaner à
bien des égards, cette revue surréaliste qui devait, initialement,
sappeler Cependant, est ainsi présentée par
Paul Nougé : " Lesprit néchappe
pas aux conditions qui lui sont faites. Les plus humbles dentre
elles, il met sa grandeur, toute son audace et toute sa ruse à
les reconnaître, à les éprouver pour tenter
de les asservir. "
Animée
par Camille Goemans, René Magritte et Paul Nougé, Distances
recherche avant tout le " complice inconnu " tout
en sefforçant de ne sadresser quà une
poignée de lecteurs, afin déviter tout malentendu
et partage avec André Breton et les surréalistes parisiens
la même animosité envers " les arts et les lettres,
largent, luniforme et le crucifix ".
On retrouve
ici lesprit de subversion des surréalistes belges, amoureux
dune désorganisation méthodique et dune démoralisation
particulière propre à Correspondance, et " linsidieux,
le clandestin, le feutré, lambigu, lindirect, la
feinte, le mensonge ", propres à laction de Paul
Nougé.
(Patrick
Fréchet, La revue des revues n°19, 1995)
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LA
STATUE ERRANTE. D'un long regard aveugle elle heurte l'espace, et, seule
de la terre, elle tend son miroir...
Voit-elle à ses yeux morts, usés à ne rien voir,
battre et se fendre la blancheur où elle passe, et glissant à
ses pieds, cette ombre qui se meut parmi ses mouvements, comme une aile
de feu ; voit-elle le regard qui se mêle avec elle et la suit,
inquiet, jaloux de savoir cette apparence sourde au monde se mouvoir,
déprise, indifférente à sa grâce mortelle
?
(Camille
Goemans)
Si je pense
aux revues de toutes les couleurs où se rassemblent périodiquement
les plus équivoques sécrétions de la pensée,
n'est-ce pas un élémentaire souci de propreté morale
qui me défend d'y collaborer ?
(Paul
Nougé)
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