On l'avait pressenti lorsqu'il avait fait paraître son premier livre Le cas de figure : Yves Wellens est un conteur de première force. Il organise ses récits avec la précision d'un maître en balistique, ce qu'était d'ailleurs, dans l'armée prussienne, Heinrich von Kleist, auquel Wellens fait songer. Comme l'auteur de La Marquise d'O, Wellens élabore des contes qui répondent à une logique qui leur est propre, mais qui, dès qu'on y adhère - et son style y invite irrésistiblement -, réfutent toute objection raisonnable. Sans doute parce qu'ils sont redoutablement rationnels.

(Jacques De Decker,
Le Soir
, 6 novembre 1996
)


Il est peu probable que l'Empereur lui-même n'ait pas soupçonné l'ampleur de la tâche qu'il imposait à ses sujets. Une intelligence moyenne pouvait la comprendre - lui aussi, par conséquent. Personne ne sait d'ailleurs comment une pareille idée a pris possession de son esprit ; beaucoup de légendes et de rumeurs ont circulé à ce propos, mais rien n'a jamais été prouvé. Le plus plausible, c'est qu'il l'ait trouvée dans un livre ; elle lui a plu ; il l'a adoptée. Dès le moment où il eut prononcé les mots fatidiques, dictant sa volonté, l'Empereur garda le silence. Il devint de plus en plus impénétrable : à ceux qui, prudemment, voulaient connaître ses intentions ou son humeur du jour, il ne répondait que par des injures ou des sarcasmes. Il avait dit son grand dessein ; il entendait que tous ces sujets s'y consacrent.

(Yves Wellens)