Joseph
Noiret (Bruxelles, 1927)
Adhère au
Surréalisme-Révolutionnaire (1947). Co-fondateur pour
la Belgique, avec Christian Dotremont, du mouvement COBRA (1948). Co-fondateur,
avec Marcel Havrenne et Théodore Knig, de la revue Phantomas
(1953). Crée avec Serge Vandercam des collages-mots, des
sculptures-mots, des gouaches-mots, etc. Auteur, entre autres, de :
L'Aventure dévorante (illustrations de Pol Bury), Éditions
Cobra, Bruxelles, 1950 ; Histoires naturelles de la Crevêche
(illustrations de Mogens Balle), Éditions Phantomas, Bruxelles,
1965 ; L'il, l'Oreille et le Lieu, Bibliothèque
Phantomas, Bruxelles, 1974 ; L'Espace oblique (illustrations
de Godfried Wiegand), Éditions de la Pierre d'Alun, Bruxelles,
1986 ; La Conversation de Bierges avec Serge Vandercam,
Éditions Tandem, Gerpinnes, 1992 ; À l'Improviste
(gravures de Francis Rollet), Imprimerie de Basse Bretagne, 2001.
Publie depuis 1992 la revue L'Estaminet (19 numéros).
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Ainsi
en est-il du mouvement COBRA. Si plusieurs livres éclairent ses
recherches picturales, ils ignorent trop souvent le rôle des écrivains,
pourtant essentiel pour lorganisation dactivités
sans lesquelles COBRA naurait pas existé. Pour combler
cette lacune, jévoquerai ici les faits déterminants,
souvent sous-estimés, qui jalonnent lhistoire du mouvement,
les manifestations, les publications et les activités variées
qui réunirent ses membres durant trois années.
Malgré nos affinités, nous formions à COBRA un
groupe dindividus dissemblables où chacun était
à sa manière acteur et témoin dune expérience
vécue ensemble pour changer la vie, avec la certitude
naïve que " la vie " pourrait un jour coïncider
avec limage que notre désir nous portait à imaginer :
" Ô mes fils, le monde où jai vécu
est inhabitable. " (Scutenaire)
Comprendre le mouvement impose de jeter un regard sur les années
1945-1951, période de bouleversements sociaux, politiques, sensibles,
fondamentaux parce quils constituent laprès-guerre
dune guerre idéologique dévastatrice : expression
dintérêts économiques opposés, ce sont
aussi des conceptions du monde qui saffrontent à la vie
et à la mort, phénomène nouveau dans lhistoire
des hommes, dont les conséquences seront dautant plus radicales.
On peut sans doute insister sur une coïncidence historique significative :
à linstar du surréalisme qui naît comme une
révolte collective décrivains et dartistes
contre les misères provoquées par la guerre 1914-18, COBRA,
dans laprès-guerre 1940-45, exprime une volonté
collective dartistes et décrivains de donner un sens
nouveau au monde qui commence de se relever des ruines.
Quand, le totalitarisme fasciste vaincu, lEurope ruinée
se reconstruit dans la douleur, beaucoup reprennent lespoir quune
révolution sociale est proche, que le monde, comme dit la chanson,
va changer de base, la vie dallure. Nous voulons intervenir, jouer
notre partie dans ce changement. Cette conviction forte explique des
choix politiques de lépoque, dont les événements
useront vite le pouvoir, mais qui orientèrent de façon
décisive nos activités.
Aujourdhui, COBRA sexpose dans les musées et se lit
dans les dictionnaires : pourtant, le mouvement, vivant dune vie
multiple, nétait pas exactement ce que, maintenant, on
en sait, on croit en savoir, on en écrit souvent.
(Joseph
Noiret)
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