Créée en 1994, la Fondation de la Mémoire contemporaine se propose de recueillir, principalement par voie d’interviews, une documentation susceptible d’éclairer l’ensemble de l’histoire des Juifs et du judaïsme en Belgique, de même que leur contribution au devenir de la communauté nationale au XXe siècle. Les sources orales ainsi rassemblées sont mises à la disposition du public intéressé, ainsi que des chercheurs, à quelque discipline qu’ils appartiennent. Elles devraient contribuer à nuancer la connaissance d’un groupe social dont l’expérience historique fut dramatique et la diversité sociale et culturelle souvent méconnue. En rendant la parole aux témoins, c’est donc un véritable devoir de mémoire que la Fondation entend remplir. Celle-ci a par ailleurs entrepris des recherches de niveau scientifique sur divers aspects à ce jour insuffisamment explorés de l’histoire contemporaine des Juifs de Belgique. Ainsi, l’étude de l’histoire de l’Aide aux Israélites Victimes de la Guerre — Service Social Juif a d’ores et déjà donné lieu à la parution, chez Didier Devillez, d’un ouvrage de Catherine Massange, Bâtir le lendemain. Des recherches sont notamment en cours sur l’enseignement juif pendant l’Occupation allemande ainsi que sur l’Alya Bet en Belgique.
Les présents Cahiers s’ouvrent par un dossier sur l’accueil que reçurent les Juifs allemands et autrichiens immigrés en Belgique suite à l’avènement du nazisme et sur la manière dont certains d’entre eux assumèrent leur condition, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Trois autres contributions sont par ailleurs consacrées à ces sombres années. La reconstruction de la vie juive après guerre est présente dans ces pages grâce à une étude sur la vie des adolescents dans les homes de l’a.i.v.g. Une présentation du “ carré juif ” d’Arlon intéressera les amoureux du patrimoine monumental juif du XIXe siècle dans notre pays.
 
 

Soucieuse de maintenir le cap fixé en 1999, la Fondation de la Mémoire contemporaine fait paraître aujourd’hui ses troisièmes Cahiers. Ils se présentent, on l’aura constaté, dans un nouvel habit éditorial, susceptible, pensons-nous, de leur donner encore plus de lisibilité.
Ils s’articulent, d’une part, autour de la présence et des modalités d’existence des Juifs allemands ou de langue allemande en Belgique et, d’autre part, autour d’un certain nombre d’aspects de l’histoire des Juifs en général dans notre pays.
Le premier thème se trouve traité en deux volets distincts.
L’un se consacre à la politique fluctuante menée à l’égard des réfugiés en provenance de l’Allemagne nazie tandis que deux chapitres corollaires présentent l’action du Comité d’aide destiné à les soutenir et les opérations conduites à l’initiative de la Résistance autrichienne.
L’autre se fixe sur deux itinéraires individuels contrastés mais particulièrement attachants : celui de Max Mordechaï Ansbacher tout entier livré à l’action sociale, celui de Jean Améry décrit dans sa tentative de devenir un écrivain français.
La seconde partie du Cahier s’ouvre sur la situation des Juifs à Arlon au XIXe siècle et se clôt sur l’évocation de celle des adolescents de l’aivg au lendemain de la guerre.
Entre ces deux repères temporels, on lira des contributions portant sur la législation visant spécifiquement les Juifs en Belgique occupée, sur les archives juives de l’Administration provinciale d’Anvers ainsi que sur les ambiguïtés littéraires du Belge Louis Carette qui deviendra en France l’écrivain Félicien Marceau…
Un compte rendu critique, annonciateur sans doute d’une nouvelle rubrique, conclut la présente publication.
La Fondation peut espérer ainsi, me semble-t-il, avoir rencontré quelques-uns de ses principaux objectifs.

(Avant-propos de Albert Mingelgrün,
Président de la Fondation)