Politique et
style : lunion de ces deux mots peut paraître aujourdhui
obsolète ou provocatrice. Nous les reprenons sciemment. Dabord
parce que ces mots renvoient à ce que la langue, dans son imprécision
même, porte de plus juste et de plus provocant. Ensuite, parce
que ces termes prennent distance avec dautres, qui paraissent
proches, mais constituent une tout autre façon de poser la question
: « littérature et engagement », par exemple,
ou « écriture et transformation ».
Ces deux expressions ne suffisent plus aujourdhui pour interroger
le fait littéraire dans sa complexité et son irréductibilité.
L'intrication du fait esthétique et des positions idéologiques,
politiques ou spirituelles, dans la marque personnelle de l'auteur,
avec tout le désir que porte son uvre, est loin, nous semble-t-il,
de se limiter aux appartenances, voire aux positions affirmées
par l'écrivain. Le style, parfois plus encore que la forme, en
porte clairement la marque.
Existe-t-il un rôle spécifique qui revienne au poète
dans le monde et dans le politique ?
En invitant les auteurs à s'interroger sur les tensions et liens
entre politique et style dans leur uvre, on obtient souvent une
définition en creux de la création, de sa vitalité,
et de sa place dans le monde.
(La
Rédaction)
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Nous
avons besoin décrivains.
Explorateurs du monde à venir, navigateurs solitaires sur locéan
des possibles. Les balises sont ces points de lumière qui donnent
leur position : latitude de la langue, longitude de la pensée.
Savants dispositifs pour ne pas les perdre de vue. Les relier. Les accompagner
dans leur course. Car « Homme libre, écrit Baudelaire,
toujours tu chériras la mer ».
Les balises ont les formes les plus variées : létude
scientifique répond au témoignage, lessai à
linterview, la fiction à larchive. Elles sont dici
et dailleurs. Elles jouent du direct et de lécho.
Nous les savons plus que jamais nécessaires car lacadémisme
ne résiste pas à leur mesure. Grâce à elles,
nous tenterons déchapper encore et encore aux nouveaux
conformismes de pensée, de célébration et dexclusive
qui caractérisent trop souvent lapproche du champ littéraire.
Nous nous attarderons parfois auprès dune figure singulière,
phare à la croisée des chemins. Ou nous affronterons une
question cruciale, pas toujours inédite, mais toujours renouvelée
par notre volonté dêtre pluriels, concentrés,
légers, à vif.
(La
rédaction, extrait de l'éditorial)
Il existe deux
grandes catégories de littérature : celle qui sinscrit
dans un contexte (et ne fait que renvoyer à lhumanité
son image), et celle qui ouvre un espace où lêtre
non seulement respire, mais est transformé. Seule la deuxième
peut constituer une uvre au sens fort du mot, un facteur dunivers.
La première appartient tout au plus à lhistoire
de la littérature.
Une uvre existe dans son propre espace, mais elle ouvre aussi
un champ général, sous le signe du possible : possibilités
dexistence, possibilités de culture, possibilités
décritures.
Le talent a son style. Le génie na pas de style
cest une énergie qui trouve, par à-coups, des formes
inédites, et parfois se perd dans linforme. Dans luvre,
où peuvent coexister le jeu du talent et les pulsions du génie,
en même temps que ce mouvement plus persévérant
que jappelle le travail, peuvent se combiner plusieurs styles.
(Kenneth
White, Poétique et Politique)
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